Dimanche 29 mars 2009

Une fidèle lectrice m’a fait parvenir par internet lent, c'est-à-dire le courrier, une  missive où elle me fait un reproche. Je la cite : «  Cher collègue, même si la narration des événements survenus dans votre école est fort intéressante et instructive, mais vous ne parlez pas souvent des enfants. » C’est vrai, « mea culpa, mea maxima culpa ». J’y remédie donc derechef.

 Commençons par une anecdote de fin de journée. Après la sieste les petits se réveillent et s’habillent pour être récupérés par leurs géniteurs. La semaine dernière, près de ce moment de récupération, l’aide maternelle en charge de la sieste m’amène le petit Hans. Il hurle comme un choeur de gorets amenés à l’abattoir. Cela ne tarda pas à être presque vrai, car me voilà sorti de la classe, attelé à découper à coup de cutter la couture de la parka et la fermeture éclaire du petit Hans. Pendant ce temps, l’aide maternelle tenait solidement la tête de l’enfant.

 Hans avait habilement coincé la peau de son cou dans la fermeture. Je tirais d’un coup sec, rien n’y fit, en tirant plus lentement la peau venait à s’étendre de façon extraordinaire. Hans avait été très loin avec la fermeture. Mes efforts avaient eu pour effet d’ajouter quelques gorets supplémentaires au chœur et les élèves de ma classe commençaient à montrer des signes de nervosité.

 Hésitant entre la trachéotomie et la destruction méthodique des coutures, je pus mettre fin au petit drame. Ce petit vécu de mon métier est un de ces moments de pur bonheur. N’importe quel scénariste hollywoodien se damnerait pour écrire des dialogues où nous pouvons prononcer des phrases inoubliables, que je pioche, dans le désordre, dans ma mémoire, telles que :

« N’ouvre pas la tête de ton petit camarde à coups de briques légo, c’est salissant »,

« Veux-tu descendre des ces rideaux, ils sont entrain de se déchirer. »,

« Sméagol, veux-tu enlever le bout de ta langue de ton nez, s’il te plaît ? »

et pour finir « Essaye de ne pas sauter à pied joints sur la tête de ton camarde la prochaine fois ».

 C’est le petit plus qu’il convient de signaler quand on travaille en Baltudie, avec ces petits êtres joyeux et primesautiers que l’on nomme enfants.

Par Alfred Lancelin
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