Soit, je reprends ce blog. Des événements graves, qui ne sauraient être tus,
m’obligent à continuer la narration de la vie de notre école. Il est vrai que les conseils des maîtres se succédaient les uns aux autres dans une agréable monotonie. L’apparition de l’aide
personnalisée que notre bon ministre Dark Oz a copiée sur nos voisins français, nous a juste obligés à nous réunir en nocturne. Cela a eu pour effet de renforcer nos liens d’affection
professionnelle en des réunions qui nous menaient jusqu’au petit matin et nous rapprochaient du divorce. Peu nous importait, la vie s’écoulait donc insouciante et heureuse, mais trois fois hélas,
le contentement que nous ressentions, à l’idée du devoir accompli, s’est heurté, ce mardi 17 mars 2009, à un imprévu.
Le thème de notre travail pour les quinze jours à venir était les légumes. Innocents, nous choisîmes donc la tomate, le poireau et fatalité des fatalités, l’oignon. Je ne peux pas
m’empêcher en jetant ses quelques mots de penser à Will Rogers qui nous laissa une phrase d’une profondeur insoupçonnée : « Un oignon suffit à faire pleurer les gens, mais on n'a pas
encore inventé le légume qui les ferait rire. » Je le signale à mes contemporains, il serait peut-être temps de l’inventer.
Bref, insouciants, nous distribuions les divers travaux, dont un exercice d’observation du mot oignon. Elvire, bien inspirée, nous rappela, que les dernières instructions de nos chefs
vénérés faisaient état de l’adoption de la réforme de l’orthographe. Et le mot oignon selon ses souvenirs posait un problème.
Quel ne fut pas notre effroi en vérifiant sur le site de l’académie française. Le mot oignon ne s’écrivait
pas comme nous l’avions patiemment appris en notre enfance, mais ognon. Fichtre, saperlipopette, que faire ? Nous faire violence et modifier notre orthographe en adoptant le mot ognon… S’en
remettre au sous-chef Monsieur le Béheau ? Garder l’ancienne orthographe ?
Le débat fit rage à propos de l’Ognon. Il serait trop long de narrer ici le déroulement exact de la soirée. Au final, il se dégagea au sein du conseil deux groupes : l’Orthographe
Canal Habituel qui décida de continuer à écrire oignon et le groupe Orthographe Canal historique ognon. Le deuxième groupe est constitué de ma seule personne. A ma décharge, je tiens à souligner
que ne suis pas favorable à la réforme de l’orthographe. Je suis pour la véritable orthographe du mot ognon, orthographe connu au XIII eme siècle en la bonne ville de Tournai, qui continue encore
aujourd’hui à porter fièrement la culture. Quelqu’un proposa pendant que l’on y était de remettre au goût du jour les temps surcomposés, injustement tombés en désuétude, dans les consignes
données aux élèves. La proposition ne rencontra pas d’écho. Nous nous quittâmes après avoir entonné l’hymne baltudien aux premières lueurs de l’aube. Depuis ce soir là, je pense souvent à ce bon
vieux Will Rogers.
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