Dimanche 5 avril 2009
La laïcité baltudienne est teintée de paganisme et de beaucoup de laxisme. Pour la comprendre, il nous faut vous expliquer notre système politique baltudien. D’abord, il faut comprendre que notre bien aimé roi Bling Ier est en fait le co-prince du Royaume. L’autre co-prince est l’archevêque Munich et Freising. Par exemple, de 1977 à 1982, c’est un certain Joseph Ratzinguer qui fut notre co-prince.

Cela n’a pas empêché que le Royaume vécût très tôt la séparation de l’église et de l’état, en raison de la fainéantise de l’administration des co-princes. Il était plus facile, pour l’Education Royale de copier tous les textes de la voisine République Française, que de fabriquer les siens. La copie se développa jusqu’à que les école Baltudiennes s’abonnent directement au Bulletin Officiel de l’Education Nationale. Cela allait plus vite que de recevoir le Bulletin Royal, un an après. Dans les écoles baltudiennes, une circulaire du 23 septembre 1967 oblige donc les différents sous-chefs de service d’accorder aux agents qui le désirent les autorisations d'absence nécessaires à leur participation aux cérémonies des fêtes de leur confession. Gupta ne manqua donc pas la fête du Vesak, Jour du Bouddha.

Gupta eut sur notre équipe, une saine émulation religieuse syncrétique. Tous les enseignants se déclarent très croyants de tous les cultes. A tel point qu’ils se mirent à participer à toutes les fêtes religieuses légales. Cette année, la fête du Vesak tombe le samedi 9 mai 2009, mais nous assistons pour les orthodoxes, à la théophanie, le lundi 19 janvier 2009, au vendredi saint du 17 avril 2009 et à l’ascension du 28 mai 2009. L’école a même sollicité le catholicos pour les fêtes arméniennes : Noël le mardi 6 janvier 2009,  la fête de Saint Vartan, le jeudi 19 février 2009 et le vendredi 24 avril 2006, commémoration du 24 avril.  Nous fêtons aussi Roch Hachana, Yom Kippour, l’Aïd El Fitr, l’ Aïd El Adha, Al Mawlid Annabawi et Chavouot le vendredi 29 mai
 
Notre sous-chef monsieur le Béheau félicita toute l’équipe de ce regain de nos valeurs morales qui manquaient cruellement aux maîtres et maîtresse d’école. Bling n’avait-il pas justement reconnu la supériorité  de celles-ci, lors de sa rencontre avec le Pape, notre ancien co-prince ?

Par Alfred Lancelin
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Mercredi 1 avril 2009

Un Royal Conseil d’Ecole est une réunion traditionnelle très fortement ritualisée. Jusqu’il y a peu, elle se pratiquait en une forme dansée.  Elle fut jugée trop archaïque et abandonnée. La réunion traditionnelle n’a donc gardée que les parties chantées. Enfin si l’on peut qualifier de chant de longues hululations qui se  perdent dans les aigus, Ces chants traditionnels pour Conseil Royal d’Ecole font passer les polyphonies corses pour de douces berceuses.

La directrice de la Royale Ecole Maternelle est le pivot du Royal Conseil d’Ecole. Elle est un véritable maître de cérémonies et grande experte des relations entre les acteurs. Autours de la directrice se groupent : les représentants du prévôt des marchants de la ville, un fonctionnaire des services aux compétences techniques,  les enseignants royaux, dont votre serviteur, et les représentants des parents. Dans le cas de notre école, nous avons été les chercher, un par un, pour réussir à en avoir trois autour de la table. Dans certaines écoles royales, on les tire au sort, c’est moins drôle.

Il est vrai que la cérémonie est assez ardue. Elle commence par le long lamento en solo de la directrice. Ce chant s’apparente à un mélange de chants tyroliens, de jazz-skat et de bi bop, dans lequel, il est possible d’exposer tous les projets de l’école, les demandes de travaux et l’état de la coopérative. Ce long chant dure entre une heure et deux, en fonction de la constitution de la directrice. Il est entrecoupé par de parties dialoguées avec le représentant du prévôt et les choeurs des enseignants qui reprennent certains points. Cela constitue un spectacle roboratif pour les tympans et les neurones qui sont en bout de chaîne.

Il n’est pas rare que les parents gardent le silence. C’est une des raisons de la perte des traditions baltudiennes, faute de participants assidus. C’est bien dommage, car ce soir là, le Conseil Royal a été émouvant. Il a été possible d’assister à un serment solennel du représentant des espaces dits verts. Il s’est joint à la mélopée en jurant que l’approvisionneraient du bac à sable de l’école, serait fait pendant les prochaines vacances. Il est vrai que les services Baltudiens ont une conception assez précise de l’intérêt des enfants au sein des écoles maternelles. Un bac à sable ne peut pas être remplit plus de trois mois de l’année scolaire baltudienne. Au delà, il est sans doute préjudiciable que les élèves y jouent pour des raisons que seuls les dits services connaissent.

Pour un jeu fraîchement installé depuis un an, l’agent jura que son chef harcelait l’entreprise au téléphone. En un an, il avait servi un mois, avant qu’un joint ne se détache. Depuis, il était décoré de jolies barrières. Un an d’harcèlement ! Le conseil nota le courage de ce fonctionnaire zélé qui risquait sa carrière depuis un an, pour l’intérêt de ces petits êtres joyeux et primesautiers que l’on nomme enfants. Le dit jeu avait donc peu servi aux élèves, peu mais intensément.

La réunion fut entrecoupée par les adieux en adagio du représentant du prévôt. Il avait déjà interprété au cours de la soirée les airs : de la fiche des travaux vivace, l’état des autres écoles largo et si j’avais de l’argent andante. Merveilleuse soirée dont l’interprétation devient malheureusement trop rare dans nos belles écoles baltudiennes.

Par Alfred Lancelin
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Dimanche 29 mars 2009

Une fidèle lectrice m’a fait parvenir par internet lent, c'est-à-dire le courrier, une  missive où elle me fait un reproche. Je la cite : «  Cher collègue, même si la narration des événements survenus dans votre école est fort intéressante et instructive, mais vous ne parlez pas souvent des enfants. » C’est vrai, « mea culpa, mea maxima culpa ». J’y remédie donc derechef.

 Commençons par une anecdote de fin de journée. Après la sieste les petits se réveillent et s’habillent pour être récupérés par leurs géniteurs. La semaine dernière, près de ce moment de récupération, l’aide maternelle en charge de la sieste m’amène le petit Hans. Il hurle comme un choeur de gorets amenés à l’abattoir. Cela ne tarda pas à être presque vrai, car me voilà sorti de la classe, attelé à découper à coup de cutter la couture de la parka et la fermeture éclaire du petit Hans. Pendant ce temps, l’aide maternelle tenait solidement la tête de l’enfant.

 Hans avait habilement coincé la peau de son cou dans la fermeture. Je tirais d’un coup sec, rien n’y fit, en tirant plus lentement la peau venait à s’étendre de façon extraordinaire. Hans avait été très loin avec la fermeture. Mes efforts avaient eu pour effet d’ajouter quelques gorets supplémentaires au chœur et les élèves de ma classe commençaient à montrer des signes de nervosité.

 Hésitant entre la trachéotomie et la destruction méthodique des coutures, je pus mettre fin au petit drame. Ce petit vécu de mon métier est un de ces moments de pur bonheur. N’importe quel scénariste hollywoodien se damnerait pour écrire des dialogues où nous pouvons prononcer des phrases inoubliables, que je pioche, dans le désordre, dans ma mémoire, telles que :

« N’ouvre pas la tête de ton petit camarde à coups de briques légo, c’est salissant »,

« Veux-tu descendre des ces rideaux, ils sont entrain de se déchirer. »,

« Sméagol, veux-tu enlever le bout de ta langue de ton nez, s’il te plaît ? »

et pour finir « Essaye de ne pas sauter à pied joints sur la tête de ton camarde la prochaine fois ».

 C’est le petit plus qu’il convient de signaler quand on travaille en Baltudie, avec ces petits êtres joyeux et primesautiers que l’on nomme enfants.

Par Alfred Lancelin
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Samedi 28 mars 2009

Il y a des mots récents : par exemple, le mot photocopieur apparu en 1960. Il sert à désigner une bien belle machine qui fait la joie des enseignants de maternelle et la désolation des sous-chefs lors des visitations. Il est vrai que les photocopies n’étaient guère prisées de notre belle école. Notre vœu d’austérité nous a fait utiliser les stencils (les puristes disent rhonéotypie), jusqu’en 2008. Faute de continuer à se procurer, même au marché noir, les bons produits, qui sentaient si bon l’alcool, l’école dut faire le saut vers l’utilisation du seul photocopieur.

 La racine latine copia, qui veut dire abondance, était pour nous, de bon augure. Une simple panne nous fit découvrir la limite de nos espoirs et la fragilité de la technique. En effet le prévôt des marchands n’avait pas payé la maintenance de la dite photocopieuse. Une machine sans entretien devient rapidement l’équivalent de ces fers à repasser au charbon : une curiosité totalement inutile. Nous avons donc regretté nos stencils et décidé de changer le nom de notre machine. Photopaupie serait donc plus adaptée à notre fin de décennie, de pauper, pauvre. Il y aurait comme ça plein de mots à réformer dans notre beau dialecte baltudien.

Par Alfred Lancelin
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Samedi 21 mars 2009

Je vous avais promis de vous parler de Gupta, « le meilleur d’entre nous ». Il est vrai que son départ de l’école nous avait traumatisé. Et c’est peut-être une des raisons de l’interruption momentanée de ce blog. Nous nous sommes donc lentement remis de son départ et je peux, aujourd’hui, honorer sa mémoire.

 Il y a tellement de souvenirs que je ne sais pas par où commencer. Gupta Baraboudour passa une belle et longue année dans notre école. Je le revois encore trottinant et psalmodiant quelques mantras bouddhistes, suivi par ses turbulents élèves. Ce jeune et frais cinghalais, sorti de notre Institut Royal de Formation des Maîtres était tout à sa tâche, en chantant tout le temps.

 Je ne peux passer sous silence, mon admiration pour la profondeur de son interprétation des contes pour enfants. Plus d’une fois, ses élèves émerveillés m’ont rapporté la morale contenue dans barbe bleue. Je salue l’audace de notre collègue de raconter barbe bleue à des enfants de trois, quatre et cinq ans. Il est vrai que la société moderne a tendance à édulcorer les contes. Avec celui là, il n’y a pas de risques. C’est le retour à la violence contenue dans la réalité du couple. Et les élèves subtilement rapportaient la morale de l’histoire « qu’il ne fallait pas battre sa femme ». Il est vrai que si on évite de les battre, on ne les tue pas après.

 Les élèves de Gupta ont rapidement acquis une sagesse qu’il a été possible de noter dans les évaluations nationales de Grande Section. Leurs particularités surnaturelles se sont traduites par l’obtention d’un cent pour cent dans tous les items de l’évaluation. Les résultats de la classe de Gupta ont remonté le niveau des évaluations de tout le secteur de notre sous-chef Monsieur le Béheau…

 Il serait trop violent de tout dire en une seule fois, il faut en laisser pour une prochaine fois. Pour finir, je me souviens de ces trop courts moments de récréation, où, j’acquis une connaissance précieuse et très pointue des différents mantras bouddhistes. Notre école était trop étroite pour un si grand esprit, il s’est donc naturellement envolé. Terminons, par son aphorisme préféré, celui du taureau : "Je vois et quand l'œil est ouvert tout est illuminé"…

Par Alfred Lancelin
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Jeudi 19 mars 2009

Soit, je reprends ce blog. Des événements graves, qui ne sauraient être tus, m’obligent à continuer la narration de la vie de notre école. Il est vrai que les conseils des maîtres se succédaient les uns aux autres dans une agréable monotonie. L’apparition de l’aide personnalisée que notre bon ministre Dark Oz a copiée sur nos voisins français, nous a juste obligés à nous réunir en nocturne. Cela a eu pour effet de renforcer nos liens d’affection professionnelle en des réunions qui nous menaient jusqu’au petit matin et nous rapprochaient du divorce. Peu nous importait, la vie s’écoulait donc insouciante et heureuse, mais trois fois hélas, le contentement que nous ressentions, à l’idée du devoir accompli, s’est heurté, ce mardi 17 mars 2009, à un imprévu.

Le thème de notre travail pour les quinze jours à venir était les légumes. Innocents, nous choisîmes donc la tomate, le poireau et fatalité des fatalités, l’oignon. Je ne peux pas m’empêcher en jetant ses quelques mots de penser à Will Rogers qui nous laissa une phrase d’une profondeur insoupçonnée :  « Un oignon suffit à faire pleurer les gens, mais on n'a pas encore inventé le légume qui les ferait rire. » Je le signale à mes contemporains, il serait peut-être temps de l’inventer.

Bref, insouciants, nous distribuions les divers travaux, dont un exercice d’observation du mot oignon. Elvire, bien inspirée, nous rappela, que les dernières instructions de nos chefs vénérés faisaient état de l’adoption de la réforme de l’orthographe. Et le mot oignon selon ses souvenirs posait un problème.

Quel ne fut pas notre effroi en vérifiant sur le site de l’académie française. Le mot oignon ne s’écrivait pas comme nous l’avions patiemment appris en notre enfance, mais ognon. Fichtre, saperlipopette, que faire ? Nous faire violence et modifier notre orthographe en adoptant le mot ognon… S’en remettre au sous-chef Monsieur le Béheau ? Garder l’ancienne orthographe ?

Le débat fit rage à propos de l’Ognon. Il serait trop long de narrer ici le déroulement exact de la soirée. Au final, il se dégagea au sein du conseil deux groupes : l’Orthographe Canal Habituel qui décida de continuer à écrire oignon et le groupe Orthographe Canal historique ognon. Le deuxième groupe est constitué de ma seule personne. A ma décharge, je tiens à souligner que ne suis pas favorable à la réforme de l’orthographe. Je suis pour la véritable orthographe du mot ognon, orthographe connu au XIII eme siècle en la bonne ville de Tournai, qui continue encore aujourd’hui à porter fièrement la culture. Quelqu’un proposa pendant que l’on y était de remettre au goût du jour les temps surcomposés, injustement tombés en désuétude, dans les consignes données aux élèves. La proposition ne rencontra pas d’écho. Nous nous quittâmes après avoir entonné l’hymne baltudien aux premières lueurs de l’aube. Depuis ce soir là, je pense souvent à ce bon vieux Will Rogers.

Par Alfred Lancelin
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Lundi 23 juin 2008

Bon, il fallait que cela arrive. Notre sous chef Monsieur le Béheau s’est converti aux méthodes de "management" de pointe. Tout a commencé par les évaluations de nos Grandes Sections. Je vous traduis : au même moment, dans toutes les écoles maternelles, nous faisons passer les mêmes tests à tous nos élèves de dernière année. Une fois les évaluations passées, nous les corrigeons, comparons et allons pleurer ensemble dans la salle des maîtres. Jusque là, c’est du banal et du routinier dans nos vies de maître d’école. C’était sans compter avec notre sous-chef, Monsieur le Béheau.


 

Une officielle injonction de sa part, nous a contraint d'envoyer le meilleur d’entre nous pour saisir les évaluations. C’est notre cher collègue Gupta qui s’y est collé. Pour ne pas compliquer notre récit, je vous parlerai de Gupta une autre fois. Il s’acquitta donc de sa noble tâche, un samedi matin. Le lundi qui suivit, il revint à l’école, fier de son devoir accompli.

 

Une semaine de quiétude passa dans notre belle école maternelle. A la réunion hebdomadaire des maîtres, notre bien aimée directrice nous montra l’enveloppe contenant les résultats de nos évaluations. Elle décacheta le sceau royal que le sous-chef avait apposé. Gupta trépignait d’impatience et nous étions tous muets à l’idée des performances de nos chers élèves. Nous fûmes très surpris et c’est à partir de là que notre vie professionnelle changea.

 

Les compétences des dits élèves étaient bien là. D’ailleurs, chaque compétence était représentée par un bâton. Il y avait aussi de la couleur. Chaque couleur correspondait à une classe. Et chaque classe avait le nom de l’enseignant. Pour faire joli, chaque bâton de couleur était placé à côté d’un autre. Nous pouvions donc connaître et comparer les performances de nos élèves, par rapport à ceux de Gupta, d’Elvire et de tous les collègues. C’était très intéressant pour les élèves… De plus, une autre feuille était jointe à celle de nos résultats. C’était les primes liées à nos résultats : un jambon de Bayonne, un poulet élevé au grain, une montre à gousset et deux portes-clefs. Les deux derniers prix étaient des encouragements personnels de notre sous chef Monsieur le Béheau. Il était aussi écrit que les primes arriveraient bientôt par la poste.

 

Quelqu’un se hasarda à parler des instructs (voir l’article le piège), pour améliorer nos résultats, mais plus personne n’écoutait. Chacun songeait, qui à son jambon, qui à son poulet, ou son porte-clef. Il n’y a pas à dire, la Baltudie sous Bling est un royaume merveilleux.

Par Alfred Lancelin
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Vendredi 20 juin 2008
J’ai une correspondance nourrie avec un de mes cousins. Un français. Il est au fait des dernières innovations pédagogiques. Dans sa dernière lettre, il m’a rapporté une trouvaille que je qualifie d’extraordinaire. Je le cite « Cher Alfred, je t’envoie une photocopie d’un devoir. La correction me semble marquer le retour des conceptions proches de l’agôgè. C’est une collègue de ma connaissance. Je t’embrasse. Ton cousin Alphonse. » J’en restais coi. Les documents prouvaient la volonté du retour de cette éducation spartiate. Peut-être les effets du film 300 tiré de l’œuvre de Frank Miller…

Je me mis à l’étude des documents. Il y avait d’abord le contrôle d’un élève parfaitement illisible. En haut, il y avait une annotation : Beaucoup trop faible ! J’étais scié. Je trouvais courageux de faire fi de tout les pédagogismes à la Stella Baruk, de la docimologie, des effets Pygmalion, du livre de Pennac Chagrin d’école, pour poser un jugement spartiate en lettres rouges. C’est un acte de bravoure, voire de l’héroïsme.

Il y avait aussi un autre document. Un bilan orthophonique de l’élève qui mentionnait sa dyslexie et sa dysorthographie. Bizarre… Je ne comprenais pas pourquoi Alphonse avait joint cela. Si l’élève éprouvait quelque gêne dans la langue de Molière, ce n’était pas une raison pour qu’il fît l’impasse dans celle de Shakespeare ! J’avais oublié de mentionner que le contrôle était en anglais. Cela ne fit que renforcer mon admiration pour cette lointaine collègue militante de l’agôgè. Seule et déterminée, dans une lugubre école républicaine, cernée par des inspecteurs bolcheviques, elle dispense un enseignement anglais avec toute la rigueur des homoioi. J’écrasais une larme en pensant à elle et à mon cher cousin.


Par Alfred Lancelin
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Vendredi 13 juin 2008
J’ai zappé sur toutes les chaînes de télévision que reçoit le royaume. En cette soirée, le football y est roi. Cela tombe bien, car j’ai attrapé sur une étagère du haut de la bibliothèque de l’école, un livre plein de poussière : Jeunesse et révolution. C’est un ouvrage de jeunesse de Michel Field. A l’époque, il était jeune, chevelu, révolutionnaire, un peu philosophe et pas encore présentateur de télévision. Il écrivait : « Le sport est l’enfant chéri de la bourgeoisie et des bureaucraties de l’Est. Elles y trouvent un excellent moyen pour consolider leur domination et chloroformer les masses ouvrières et paysannes. »

Field, d’une façon très sommaire, y inclut ce jeu qui consiste à frapper dans un fullerène icosaédrique tronqué (un ballon de football). Pour les meilleurs des joueurs, c’est très lucratif et cela leur permet de s’extraire de leur condition de gueux. Ils peuvent donc s'accommoder d'un peu de chloroforme après tout.
Par Alfred Lancelin
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Mardi 10 juin 2008
« Je souhaite qu’on apprenne à chacun d’entre eux à respecter le point de vue qui n’est pas le sien, la conviction qu’il ne partage pas, la croyance qui lui est étrangère, qu’on lui fasse comprendre à quel point la différence, la contradiction, la critique loin d’être des obstacles à sa liberté sont au contraire des sources d’enrichissement personnel.

Être bousculé dans ses habitudes de pensée, dans ses certitudes, être obligé d’aller vers l’autre, de s’ouvrir à ses arguments, à ses sentiments, de le prendre au sérieux est une incitation à s’interroger sur ses propres convictions, sur ses propres valeurs, à se remettre en cause, à faire un effort sur soi-même, donc à se dépasser. »


Bling Ier, ordonnance royale aux maîtres d’école, septembre 2007.

Cette ordonnance de notre roi et co-prince de Baltudie, Bling Ier est un pur joyau. Pour ceux qui ne connaissent pas notre cité état cela peut paraître un peu ronflant, mais il n’en est rien. Il faut savoir que chaque parole, chaque mot de notre suzerain sont consignés par le scribe royal. La tradition baltudienne veut que la somme des chroniques d’un suzerain, à la fin de son règne soit soumise à l’ordalie du feu. Ce qui ne sera pas consumé par le feu sera considéré comme le testament du roi. Celui-ci sera l’objet d’exégèses pointues dans nos universités.

On peu donc comprendre l’inquiétude des actuels chroniqueurs à l’idée que survive au feu les propos : "Alors casse-toi pauvre connard" à l’encontre d’un paysan, plutôt que notre magnifique ordonnance royale.

Pour ma part je fais une totale confiance à la providence. De plus je crois que l’ordonnance et l’objurgation agricole font parties d’un même corpus théorique. C’est les deux faces de l’action de notre bien-aimé suzerain.

Je m’explique. Nous savons tous que connard dérive du vieux français connin. Il s’agit de notre moderne lapin. Notre roi et co-prince a tout de suite identifié l’éleveur de lapins, à qui il s’adressait. D’abord, faisons honneur à son sens du respect des personnes dans leur labeur quotidien. De plus, la qualification de pauvre n’est pas du tout injurieuse. Il s’agissait de faire ressortir la dureté de la condition de nos éleveurs de lapins. Cela se précise donc. Finissons par le « casse-toi ». C’est une expression bien connue dans nos campagnes pour signifier que l’ami n’a que trop tardé à rentrer chez lui. Voilà, là où certains y voyaient un manque d’élégance, voire de la grossièreté, nous découvrons une préoccupation constante de notre cher Bling pour la Baltudie agricole du bas. Je le crois, le corpus oral de notre altesse sérénissime est de loin le plus progressiste que la Baltudie aie connue.

L’histoire et l’exégèse son bien parties pour célébrer la période que nous vivons comme une des plus fastes. Les générations futures vont bien nous envier.
Par Alfred Lancelin
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